Une large pratique populaire de la clarinette 1880-1930
   
   

• Ronde du pays de Loudéac



















 

A partir de 1880, la place de la clarinette dans la musique bretonne et l'évolution de sa pratique nous sont mieux connues, grâce aux témoignages oraux et aux photographies d'époque.

Le regroupement de ces témoignages a permis d'établir les zones de jeu de l'instrument.

Haute-Bretagne
A l'est de la Haute-Bretagne, les sonneurs de clarinette sont nombreux et l'instrument semble très populaire à la fin du XIXème siècle.

Fait original, plusieurs concours ont lieu. Le plus important, sans doute, est celui provoqué par l'Union Régionaliste Bretonne en 1910. Celle-ci organise à chacun de ses congrès un concours de biniou-bombarde, mais elle est obligée de faire ici une exception devant l'ampleur de la tradition locale et de prendre en compte les instruments du pays : le violon et la clarinette.

Les petits orchestres (violon, clarinette, accordéon diatonique et « jâze ») formés entre les deux guerres, vont animer les bals de noce jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Dans les Pays de Loudéac et du Mené, où le couple biniou-bombarde est bien implanté, plusieurs sonneurs de bombarde jouent également de la clarinette. Les deux types d'accompagnement musical vont coexister dans les noces jusque vers 1930, mais la clarinette y devient de plus en plus prisée, portant en elle l'attrait de la nouveauté.

Basse-Bretagne


Pays Bigouden
Vers 1910, à Pont-l'Abbé ou au Guilvinec, l'orchestre de bal de noce est composé habituellement d'un piston, d'un baryton et d'une clarinette.

Dans les campagnes, à partir de 1920, beaucoup de sonneurs de bombarde vont transposer sur la clarinette leur technique de jeu de bombarde pour s'adapter au nouveau répertoire à la mode (polka, mazurka, mais aussi danses modernes venues de Paris : tango, java, paso-doble…).

Dans les années 1930, les grandes noces sonnées au biniou et à la bombarde se font rares, c'est à la clarinette que sont jouées les quelques gavottes que l'on danse encore.

Trégor
Les trente dernières années du XIXème siècle ont constitué ce que l'on pourrait appeler l'âge d'or de la clarinette en Trégor. Seule ou en couple, elle sera de toutes les fêtes à partir de 1870.

L'époque dorée s'étendra jusqu'aux premières années du XXème siècle, mais après la guerre 1914-1918, sa popularité connaîtra un rapide déclin, excepté dans la région de Bourbriac, au sud-est du Trégor.

Centre-Bretagne
La treujenn-gaol reste toujours très vivante en Pays fisel, Pays fañch et dans le nord des Pays de gavotte. Elle gagne même du terrain et concurrence la tradition biniou-bombarde implantée plus au sud : Glomel, Mellionnec et Plélauff ont leurs sonneurs de treujenn-gaol avant 1930.

La pratique de l'instrument progresse même fortement : les sonerien treujenn-gaol se multiplient, certains devenant des semi-professionnels. Les anciennes danses sont toujours jouées, mais les sonneurs intègrent à leur répertoire quelques danses en couple (polkas, mazurkas) dont ils transforment les mélodies en leur donnant une forte empreinte locale. Par contre, vers 1930, ils auront bien du mal à adapter la nouvelle vague de danses comme le tango, le paso-doble, etc. Leur jeu ne rend pas le « son » à la mode, alors que l'accordéon l'incarne parfaitement.